On m'a souvent dit de ne jamais considérer les humains comme appartenant à la même espèce que moi. C'est d'ailleurs une des seules choses qui met en accord avec mes maîtres. Pour moi, les humains sont très légèrement inférieurs à nous, dans la mesure où ils me servent de casse-croûte. Je m'appelle Gabrielle et je suis très loin d'être un ange. J'ai 17 ans, j'habite dans une ville dont vous n'avez jamais entendu parler et je suis un vampire.
Une légère impression de rouille mélangée à la juste dose de sel. J'adore le sang humain, encore chaud. Et pourtant, il m'est interdit d'en boire. Pourquoi ? Parce que tout les vampires sont envoyés, dès leur plus jeune âge, dans un pensionnat pour apprendre à contrôler leur soif et à ne pas attaquer les humains. Nous devons vivre en communauté, blablabla... Le seul sang humain que nous ayons le droit de boire est celui que nos « collègues », qui travaillent dans les hôpitaux et les morgues nous envoient. C'est à dire du sang froid, amer avec un arrière goût de morphine. Moi, je suis la plus susceptible de violer les règles. Ma spécialité : la chasse à l'homme, la nuit après le couvre-feu. A cause de cette mauvaise habitude je ne suis toujours pas sevrée. Les bébés qui grandissent passent à la compote, et les vampires qui mûrissent passe au sang d'animaux. Moi non. Et rien ne changera ça, au grand désespoir de mes maîtres. Le fait de boire du sang humain toutes les nuits me rend plus dangereuse et forte. Le pensionnat est assez strict. Il n'y en a que dans ce pays ; il faut dire aussi que les vampires ne courent pas les rues. Dans ce pensionnat, les ages varient entre 5 et 20 ans. J'ai réussi à échapper au pensionnat jusqu'à mes 13 ans, quand je me suis fait attraper. J'ai loupé une bonne partie de mon éducation, c'est pour ça qu'on me considère comme « sauvage », au pensionnat. D'ailleurs je me serai enfui depuis bien longtemps s'il n'y avait pas eu ce pacte de sang ; un pacte inviolable par les vampires. On est une centaine de vampires à y habiter à plein temps, sans compter les maîtres qui s'occupent de nous et de notre apprentissage.
Le pensionnat est le prototype même de l'idée que les humains se font sur l'endroit ou habitent les vampires : un immense manoir lugubre. Et pourtant leur priorité est de « passer inaperçu ». Personnellement je m'en fous royalement. Je suis un vampire et je ne cherche pas à le cacher. Je suis dans un lycée d'humains, mais il y a aussi 5 autres vampires à mes cotés, qui s'auto surveillent comme des frères et s½urs, pour s'empêcher de faire un pas de travers... C'est surtout moi qu'ils surveillent, ils me connaissent assez...
Je ne suis pas sociable. Je n'ai pas d'amis et je n'en veux pas. Mes « frères » veillent sur moi tout le temps, mais je ne reste jamais avec eux. Je ne cherche pas à me faire aimer et j'arrive à passer inaperçue : peu de gens me remarquent. Pourtant, et d'ailleurs je n'ai jamais compris pourquoi, il y a une fille, Joy, qui m'adore. Une brune aux cheveux bouclés, avec un visage assez agréable. Vous savez, le genre de fille qui a la joie de vivre, qui sourie toujours et que tout le monde aime. Comme je disais, elle m'adore. Je n'ai rien contre elle donc je ne m'attaque pas à elle. Je me demande même si je ne commence pas à l'apprécier. Elle devrait quand même se méfier de moi, des rumeurs prétendent que je suis dangereuse...
La cloche retentit et tous les élèves quittèrent la classe à une telle vitesse que le prof d'EPS augmenterait leur moyenne de quelques points s'il les voyait. Moi, ne voyant aucune raison de me presser, je sorti mes lunettes de soleil et les mettai, en ignorant Joy qui avançait en suivant mon rythme.
________- Gabrielle, je suis bien décidée à savoir pourquoi tu portes toujours des lunettes de soleil quand tu vas dehors. On est au mois de novembre et il n'y a presque pas de soleil.
Je jetai un regard autour de moi : mes « frères » n'étaient plus là. D'ailleurs tous les élèves s'étaient éclipsés, il ne restait plus que nous deux.
________- Tu veux vraiment savoir ? Lui demandai-je.
Elle hocha la tête et moi je retirai mes lunettes. Dès l'instant où les rayons du soleil entrèrent en contact avec mes yeux, une larme se perla à leur extrémité, puis roula sur ma joue. Joy me regardait, bouche bée. Je crois que je l'avais choquée. J'écrasai la larme du bout des doigts. Pas une larme ordinaire, mais une larme de sang.
________- Gabrielle... que... que... ?
J'explosai d'un rire à faire glacer le sang et m'éloignai, hilare. Pour être honnête, c'est la première fois que je montrais mon problème vampirique à un humain. Parfois je m'amusais à effrayer les garçons trop sûrs d'eux en leur faisant des sourires terrifiant, dévoilant mes deux crocs acérés qui ne servent de canines. Ces pauvres gens croyaient perdre la boule... ou bien me trouvaient tellement bizarre qu'ils préféraient faire comme si de rien n'était. Exactement comme Joy en ce moment même, qui trottinait joyeusement vers moi.
________- Hey, Gabrielle ! Demain, j'organise une fête chez moi. Tu viendras, hein ?
________- Bien sur !
________- Allé, salut !
Les fêtes c'est bien son truc : il ne se passe pas un mois sans qu'elle en organise une. Et je suis toujours invitée. Croyez moi ou non, j'y vais à chaque fois, car j'ai un plan d'attaque.
Mes « frères » m'attendaient comme toujours, à l'arrêt de bus. Celui qu'on prenait s'arrêtait à la campagne, puis on en reprenait encore un autre vers une autre campagne encore plus loin
________- Alors, Gaby, elle s'est bien passée ta journée ? me demanda Ulrich
Bien que j'aurais pu m'en passer, ses efforts pour m'adresser la parole me touchèrent.
________- Oui, super, répondis – je d'une voix morne.
Mais je ne le montrais pas, comme d'habitude.
Le soir, au réfectoire, il y a avait que du sang de cerf, ce qui était loin d'être mon repas préféré. De toute façon, mon estomac serait bientôt rempli. Je sirotais silencieusement mon dîner, prêtant une oreille distraite aux bavardages autour de moi. Mais un léger changement d'atmosphère me signala que quelqu'un d'inattendu était rentré dans la pièce. Les vampires peuvent sentir ses choses là. Mon regard traversa la salle et tomba sur un garçon grand, élancé et puissant. Il croisa mon regard et traversa la salle à une vitesse impossible à voir par l'½il humain.
________- Gabrielle, mon ange !
________- Toujours aussi ironique, Aragon.
Ce gars était mon seul ami. La seule personne au monde que j'aime. Il a 21 ans, donc il n'est plus dans ce pensionnat. Maintenant il travaille dans une prison. Avant son départ du pensionnat, on avait fait un pacte de sang en mélangeant nos deux sangs, créant une amitié indestructible. Il était venu me rendre visite.
Depuis la loi de 1652 les vampires n'ont plus le droit de boire du sang humain, sauf si l'humain est déjà mort et que la cause du décès n'a rien à voir avec les vampires. A ma connaissance, il ne reste plus que deux vampires chasseurs d'hommes dans ce pays : Aragon et Moi.
Yu & Su